Cette physicienne médicale du CHU de Bordeaux est formatrice dans son établissement et aussi auprès d’Esprimed pour des formations sur la radioprotection des patients et des travailleurs. Passionnée par la physique et la médecine, elle envisage la formation de manière la plus pratique possible, connectée à 100 % avec l’expérience du terrain. Interview.
Marie Eresue, vous avez un parcours professionnel original. Vous avez débuté en tant que manipulatrice en radiologie en 2008 puis vous vous êtes dirigée vers la physique médicale. Pourquoi ?
Marie Eresue /Avec un père radiologue et une mère médecin du travail, le monde médical, la physique et les rayonnements m’ont toujours attirée. J’ai obtenu mon diplôme de physicien médical en fin d’année 2012 avec comme objectif de travailler en imagerie médicale et plus précisément en radiologie, non en radiothérapie ou en médecine nucléaire. J’ai exercé deux ans au CH de Valenciennes avant d’intégrer l’équipe du CHU de Bordeaux en imagerie médicale, dans lequel je travaille depuis maintenant 11 ans.
Quels sont les enjeux auxquels vous êtes confrontés dans votre quotidien ?
M. E. /Nous sommes tous témoins de la grande complexité de la justification des actes. C’est un gros enjeu de radioprotection, en rapport avec le nombre d’examens qui augmente, malgré des modalités qui sont de moins en moins irradiantes. En tant que physicienne médicale, je vois qu’il n’est pas simple pour le radiologue de mettre en pratique la justification face à toutes les demandes. Mon rôle est d’alerter quand je vois une importante augmentation du nombre d’examens, par exemple chez des patientes enceintes, sans toutefois émettre le moindre jugement : je ne suis pas médecin.
Vous êtes formatrice auprès de plusieurs publics et avec différentes structures. Que cela vous apporte-t-il ?
M. E. /Je réalise en effet différentes formations autour de la radioprotection du patient et, dans une moindre mesure, sur la radioprotection du travailleur, à la fois en formation continue dans mon établissement et pour la société Esprimed, et en formation initiale auprès des manipulateurs en radiologie et des IBODE. L’avantage d’être formatrice dans différents lieux et auprès de différents professionnels, c’est de voir comment cela se passe ailleurs. Cela m’offre l’opportunité de communiquer et d’améliorer nos pratiques ensemble. J’apprends autant que j’enseigne aux autres.
Quelle est votre approche de la formation auprès des professionnels de l’imagerie médicale ?
M. E. /J’ai une approche très pratique de la formation parce que je suis quelqu’un qui préfère aller sur le terrain. Toutes les formations que je réalise en interne prévoient une partie pratique auprès des équipes, avec leur propre matériel. Et en présentiel comme en visio, j’ai cette même approche. Je préfère une formation constamment illustrée parce que l’intervenant a déjà rencontré tous les cas abordés, plutôt qu’une vision théorique de la radioprotection. C’est donc important que je sois issue du terrain, et que je continue d’y rester. Je me rends tous les jours auprès de mes collègues, que ce soit en mammographie, en radiologie interventionnelle ou aux blocs opératoires. J’ai en outre la chance, au CHU de Bordeaux, d’avoir un DACS, qui me permet d’être notifiée en temps réel sur des alertes dosimétriques et de surveiller les pratiques à distance.
Quels sont les retours de vos apprenants ?
M. E. /Depuis quatre ans que je réalise des formations, les retours ont été très positifs. On me rapporte souvent que j’arrive à expliquer des notions complexes avec des termes simples, ce qui permet aux apprenants de mieux s’approprier les points abordés. Je crois qu’ils apprécient également les exemples concrets… et mon sens de l’humour un peu décalé. Ces retours me font plaisir, car c’est bien ce style de formation que je souhaite réaliser.
On sent une forte motivation chez vous. D’où cela vous vient-il ?
M. E. /Quand j’étais plus jeune, j’avais beaucoup de mal à parler en public. J’ai eu un déclic quand je suis arrivée en master. Je me suis mis à apprendre mes cours en les récitant comme si j’avais un public devant moi, et en me mettant au défi d’expliquer à quelqu’un, qui ne sait pas du tout ce dont je parle, la notion à apprendre. Ensuite, quand j’ai commencé à travailler à Valenciennes, on m’a demandé de réaliser des cours au DTS de manipulateurs en radiologie. Cela s’est passé très simplement. J’ai donc décidé de continuer à en faire.
Que conseilleriez-vous à vos collègues professionnels de santé ?
Formez-vous, parce qu’il n’y a que comme cela qu’on arrive à comprendre ce qu’on fait au quotidien et à mettre à jour ses connaissances, chacun à son niveau. Par exemple, quand j’étais manipulatrice en radiologie il y a de cela une quinzaine d’années, j’ai appris à mettre le tablier plombé systématiquement à mes patients. Maintenant, on ne le met plus dans la plupart des cas . Cela prouve qu’il est nécessaire d’avoir un esprit critique. Pour cela, il faut avoir des connaissances. Et donc se former. CQFD.
